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Electro Kitchen et la Fete de la Musique

Electro Kitchen et la Fete de la Musique, c'est toute une histoire ! Ayant dans un premier temps essuyé un refus poli de la Préfecture de Police de Paris, unique décisionnaire de l'occupation de la chaussée et de l'ordre public, Eric Labbé a fait une lettre ouverte au Préfet qui pèse son poids de cacahuéte !

     
 

Electro Kitchen et la Fete de la Musique

Résultat de la lettre ouverte : une autorisation parvenue par huissier le jour de la parution par LIbération d'un article relatant la démarche de My Electro Kitchen.

Lettre ouverte au Préfet de Police de Paris


Objet : fête de la musique et désobéissance culturelle


Monsieur le Préfet,

La Fête de la Musique va cette année encore ponctuer la vie culturelle parisienne d'une note de fraîcheur et de spontanéité. Les musiciens et les musiciennes amateurs nous démontreront une fois de plus que cet art n'est jamais mineur et qu'il est toujours au cœur de la fête. Malheureusement pour moi, et sans doute ne suis-je pas le seul, vos services ont décidé de me priver de fête ; c'est cette décision qui me vaut de vous écrire aujourd'hui.

Je m'occupe (tous les jours de l'année) d'une boutique de disques située dans le 4ème arrondissement. Celle-ci, spécialisée dans le disque vinyle, est principalement destinée aux disc jokeys (DJ) qui viennent s'y pourvoir en musique électronique de qualité issue de la production indépendante française et internationale. C'est donc, en toute logique, à cette musique et à cet art particulier, le deejaying, que nous avions choisi de consacrer notre participation aux réjouissances du 21 juin.

Afin de nous conformer aux dispositions légales, nous nous sommes donc adressés à vos services pour obtenir une autorisation de disposer des platines et des enceintes devant notre échoppe, sur le trottoir de la rue Quincampoix dont je me permets de vous rappeler le caractère semi-piétonnier. C'est dès notre premier appel que nous avons compris dans quel acier était forgée la perception musicale de vos services. Celui de vos collaborateurs qui nous a renseigné a été très clair : la Fête de la Musique est consacrée à la "musique vivante" et les disc jokeys n'y sont pas assimilés.

Monsieur le Préfet, il serait peu dire que cette annonce nous a chagrinés. Il me serait en effet pénible d'annoncer aux artistes qui devaient venir se produire à cette occasion qu'ils ne rentrent pas (du point de vue des plus hautes instances de la République Française) dans la catégorie des vivants. Car c'est bien de cela qu'il s'agit et votre décision n'est donc rien moins que morbide. Monsieur le Préfet, avec nous et le deejaying, c'est la Fête de la Musique toute entière dont vous voudriez vous faire le fossoyeur dans cette ville qui pourtant l'a vu naître. Et l'humour noir de vos collaborateurs (nous indiquant que nous pouvions néanmoins faire une installation acoustique) n'y pourra rien changer.

Ne pas comprendre, en l’an 2008, que le DJ est un musicien, qu’il est bien vivant et qu’il est même au cœur de la création pour de nombreux courants musicaux est symptomatique d’une parfaite incompréhension des musiques actuelles. Nous condamner au silence en de telles circonstances, nous, acteurs quotidiens de la promotion de ces musiques, et au seul titre de cette méconnaissance, est injustifiable.

Monsieur le Préfet, plutôt que de mixer sur des gramophones ou de nous convertir à la mandoline, j'ai le regret de vous annoncer que nous avons choisi de désobéir. Et que nous ferons la fête sans vous.

Eric Labbé, disquaire

My Electro Kitchen - 60 rue Quincampoix - 75004 Paris

Aux platines ce 21 juin, devant la boutique : Le Tsugi Crew, Julien Plaisir de (Prozak), Dactylo (Furie), K.OF.I (Reception), Eric Labbé


L'article de Libération :

QUOTIDIEN : mercredi 18 juin 2008

Eric Labbé, DJ et disquaire, s’occupe d’une boutique spécialisée dans les vinyles de musique électronique. Pour la Fête de la musique, il dépose une demande d’autorisation afin d’installer des platines et des enceintes sur le trottoir de la rue Quincampoix (Paris IVe), devant l’échoppe, extension du bar le Troisième Lieu. La réponse tardant à venir, un coup de fil est passé à la préfecture où on lui signifie un refus. «La personne qui nous a renseignés était très claire : la Fête de la musique est consacrée à la "musique vivante" et les disc-jockeys n’y sont pas assimilés.»

Dans une lettre ouverte au préfet de Paris (1), Eric Labbé ironise : «M. le préfet, il me serait pénible d’annoncer aux artistes qui devaient venir se produire à cette occasion qu’ils ne rentrent pas, du point de vue des plus hautes instances de la République française, dans la catégorie des "vivants".» Il y souligne «l’humour noir» de fonctionnaires «indiquant que nous pouvions néanmoins faire une installation acoustique […] Ne pas comprendre en 2008 que le DJ est un musicien, qu’il est bien vivant et qu’il est même au cœur de la création pour de nombreux courants, est symptomatique d’une parfaite incompréhension des musiques actuelles.»

D’après le disquaire, cette interdiction s’inscrit dans «un contexte général de répression des lieux sociaux parisiens», notant que dans le Marais, de nombreux bars qui avaient coutume de sortir les enceintes dans la rue, lors des précédentes éditions, y ont renoncé cette année. Rémy Calmon, directeur du Sneg (Syndicat national des entreprises gaies) tempère : «Le code règlementaire pour les débits de boissons est très contraignant. Pour obtenir une autorisation d’animation à l’extérieur, il faut respecter la pluralité de la fête. Le son amplifié ne doit pas écraser celui de l’accordéoniste installé au coin de la rue. Il est vrai que la préfecture a tendance à appliquer la loi avec beaucoup de rigidité, et refuse parfois d’accorder une autorisation même lorsque la demande est raisonnable.»

La préfecture conteste que la musique électronique soit particulièrement visée, même si «la tranquillité des Parisiens» est prioritaire. «Monsieur le préfet, plutôt que de mixer sur des gramophones ou de nous convertir à la mandoline, j’ai le regret de vous annoncer que […] nous ferons la fête sans vous», conclut la lettre.

Marie Lechner

(1) http://www.myspace.com/electrokitchen

 
     
       

Dernière modification : 19-06-2008 15:48
 
Contenus : Association Technopol – Graphisme : Marie Heyndrickx – Technique : Antoine Librizzi
 
 
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