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The Micronauts versus Spedidam

VERS UNE RECONNAISSANCE DES MUSICIENS ÉLECTRONIQUES Cela ne fait que plus de 20 ans que les musiques électroniques au sens large existent et ont révolutionné la musique : le hip hop, la house, le r’n’b, la techno, etc. Cela ne fait que 20 jours à peine que la Spedidam condescend à reconnaître les musiciens utilisant des machines comme instruments de musique. Lisez le récit éclairé de Christophe Monier qui vous fait part de son parcours du combattant avec la Spedidam, société civile gérant les droits des artistes interprètes.

     
 

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LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE, UNE MUSIQUE SANS INTERPRÈTE...DU MOINS JUSQU'AU 20 NOVEMBRE 2006.


20 novembre 2006, il est 10h et mon RV avec un cadre de la Spedidam se passe plutôt bien : celui-ci m'annonce que oui, dorénavant cette dernière reconnaîtra aux musiciens électroniques le statut d'ayant droit lorsqu'ils auront participé à un enregistrement, à condition d'être dûment crédité en tant que "musicien programmeur", ou bien de présenter un contrat d'engagement à ce titre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ça n'était pas le cas jusqu'à maintenant. Cette date est à marquer d'une croix blanche ! De plus cette nouvelle politique est rétroactive sur 10 ans. C'est l'issue d'un combat personnel commencé en 2002. Pourtant comme on le verra plus bas, tout ça n'est pas entièrement satisfaisant.


Petit rappel :

Le 3 juillet 1985, le Parlement français vote une loi qui reconnaît aux artistes-interprètes des droits "voisins" du droit d'auteur, en application de la Convention de Rome signée en... 1961. Des lois équivalentes existent déjà ou seront promulguées ensuite dans 45 autres pays.


Qui paye ces droits ?

Les utilisateurs des œuvres audiovisuelles (télévisions, radios, discothèques, lieux sonorisés) qui les exploitent dans le cadre de leurs activités commerciales ("Rémunération Équitable"), et les particuliers (vous, moi) qui en font des copies à usage personnel ("Rémunération pour Copie Privée"). En effet dans ces circonstances, aucune autorisation préalable n'est demandée et aucune rémunération n'est versée directement aux artistes-interprètes. On parle alors de "licences légales". C'est un régime équivalent et parallèle à celui des auteurs-compositeurs (qui rappelons-le ne sont pas forcément les interprètes de leurs écrits ou de leurs compositions).


Quand ces droits sont-ils payés ?

La Rémunération pour Copie Privée est incluse dans le prix de vente des supports vierges d'enregistrement, tels cassettes (VHS, DAT, etc.), CD et DVD vierges, disques durs des baladeurs et des magnétoscopes, etc. (90 millions d'Euros en 2005 dont 20,54 M € pour les interprètes). Quant à la Rémunération Équitable, c'est la SPRÉ qui la collecte ; je passe sur les détails (63 millions d'Euros en 2005 dont 24,65 pour les interprètes)...


Qui reverse ensuite ces droits aux artistes-interprètes ?

L'ADAMI (société civile pour l'Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes) à ceux dont le nom figure sur l'étiquette des phonogrammes (« galette » ou « rond central ») ou au générique des œuvres audiovisuelles. Concrètement dans le domaine musical c'est l'interprète principal", c'est-à-dire l'Artiste avec un grand "A", ou le groupe, dont le nom figure en gros sur le recto de la pochette, ou bien le chef d'orchestre dans le cadre de la musique classique. La SPEDIDAM (Société de Perception et de Distribution des Droits des Artistes-Interprètes de la Musique et de la Danse) pour les autres. Au fait, c'est qui les autres ? Les musiciens de la fosse, les musicos, ceux qui sont engagés pour interpréter une partie musicale mais qui ne sont pas

l'"Artiste", ou qui ne sont pas membres du groupe, bref les "musiciens d'accompagnement". Ils peuvent être choriste, violoniste, batteur, guitariste, programmeur...


- Attends, je t'arrête ; programmeur ?

- Ben oui celui qui programme un séquenceur, une boîte à rythme ou un ordinateur en y enregistrant ce qu'il joue sur un clavier, ou avec sa guitare MIDI, ou avec les boutons, curseurs, potentiomètres de ses synthés et de ses effets ; puis qui modifie, améliore, recale tout ça... Musicien électronique quoi, cette nouvelle espèce apparue dans les années 80 avec le

home studio ?

- Ben non pas musicien électronique !

- Ben pourquoi il est où le problème ?

- C'est bien connu les musiciens électroniques utilisent des boucles toutes faites qu'ils ont pris sur d'autres disques.

- ...


Et oui, mot pour mot ce que m'a dit un jour un cadre de la Spedidam. Ne rigolez pas, c'est la triste réalité... Et c'est révélateur de l'ignorance et de l'ostracisme qui entoure depuis trop longtemps les musiques électroniques au sens large (house, techno, electro, hip hop, etc.) : les programmeurs ne font que voler la musique des autres, et puis d'abord c'est l'ordi qui fait tout et c'est même pas des musiciens, c'est des DJs, et c'est pas de la musique, c'est du bruit. N'importe quoi.


Pendant 20 ans, les programmeurs n'ont pas été reconnus comme musiciens-interprètes par la Spedidam. Et des dizaines de millier d'enregistrements se sont retrouvés amputés d'un interprète.

Quelques exemples concrets :

La chanteuse X enregistre un nouveau morceau en s'entourant d'un guitariste, de choristes et d'un musicien électronique chargé de programmer les parties de batterie, de basse et de synthé. Le guitariste et les choristes touchent des droits voisins, pas le programmeur...

La chanteuse X enregistre un autre morceau, cette fois en ne s'entourant que d'un musicien électronique, chargé de programmer toutes les parties musicales. Ce dernier ne touche pas de droits voisins, et ainsi l'instrumental de ce disque se retrouve littéralement sans interprète ! À croire que la musique est apparue sur la bande par une opération du Saint-Esprit...

Loin d'être anecdotique, ce cas de figure concerne des milliers de disques, certains figurant parmi les meilleures ventes : remplacez "chanteuse X" par "rappeur Y" et vous comprendrez ce que je veux dire !

La chanteuse X, décidément très en verve, enregistre un 3e morceau en s'entourant d'un guitariste, d'un bassiste, d'un batteur et d'un claviériste qui va jouer quelques nappes de synthé enregistrées directement sur la bande multipiste, sans passer par l'intermédiaire d'un séquenceur. Tout ce petit monde touche ses droits voisins.

Sur le 4e morceau, on prend les mêmes et on recommence, sauf que le claviériste enregistre ses nappes de synthé dans un séquenceur, pour pouvoir les compléter ou les transformer, bref les retravailler. Pour peu qu'il soit crédité cette fois en tant que programmeur, et non pas en tant que claviériste, il ne touchera aucun droit voisin. Délirant. En poussant jusqu'au bout la logique de la Spedidam d'avant le 20 novembre 2006, on voit qu'un musicien qui enregistre une partie de clavier dans Pro Tools en audio est un interprète, et celui qui enregistre une partie de clavier dans Pro Tools en MIDI n'est pas un interprète (propos tenu pour de vrai par un cadre de la Spedidam : "c'est un ingénieur du son")...


Encore plus injuste ? C'est possible :

La chanteuse X enregistre un 5e titre avec un guitariste, un bassiste et un batteur. C'est un excellent morceau pour son album, mais ni les radios ni les clubs ne veulent le jouer... Le producteur envoie les pistes séparées à Z, artiste electro réputé, et lui demande d'en faire une version plus moderne et efficace, autrement dit un "remix". Celui-ci écoute les pistes séparées et décide de ne conserver que le chant de la version originale. Il remplace parties de guitare, de basse et de batterie par de multiples parties de synthé, nappes, séquences, boîte à rythme, percussions, effets divers et variés qu'il joue, enregistre, programme et reprogramme dans son ordi. Ces nouvelles parties n'ont rien à voir avec les parties originales. Elles n'ont pas le même groove et sont dans une autre tonalité. Cette manière de procéder est typique de l'art du remix. C'est ainsi que 99% des remixers procèdent, et ce depuis au moins 15 ans. Sur la pochette et suivant l'usage consacré (d'origine anglo-saxonne, mondialisation oblige), Z est crédité en tant que remixer. Le remix plaît beaucoup et est matraqué par les DJs dans les clubs et sur les radios. Pourtant Z ne touche aucun droit voisin. Encore une musique sans interprète ? Même pas et c'est là où on touche au grotesque : c'est le guitariste, le bassiste et le batteur de la version originale qui vont toucher les droits voisins générés par le remix ! Alors même qu'ils n'ont pas interprété la moindre note de musique de cette version...

Bon la Spedidam bouge enfin et toutes ces injustices et ces aberrations appartiennent au passé. Hmm, pas tout à fait. La nouvelle position de la Spedidam n'est pas complètement appropriée :

- la rétroactivité sur 10 ans seulement n'est pas acceptable puisque toute demande antérieure à novembre 2006 était systématiquement déboutée. La rétroactivité ne devrait pas être limitée dans le temps.


- La Spedidam exige que soit mentionné sur la pochette ou dans le contrat la mention "programmation musicale" ou "musicien programmeur". Depuis 20 ans que le home studio existe, d'autres usages se sont imposés et la Spedidam n'a aucune légitimité à les remettre en cause puisqu'elle dédaignait purement et simplement cette manière de faire de la musique. Elle doit officiellement renoncer à exiger les termes "musicien" ou "musicale" (on s'en doute, non ? On dit pas "clavier musical" ou "musicien batteur" que je sache !). Elle doit accepter les expressions anglaises utilisées dans le reste du monde telles "programmation" ou "programmed by" (hors hip hop, le marché de la musique électronique est mondial et les crédits sont en anglais). Elle doit reconnaître que le terme "remix" sous-entend une nouvelle programmation et donc une nouvelle interprétation. Et elle doit accepter les termes qui sont utilisés dans le hip hop français, à savoir "production" et "produit par".

Bien sûr la PPL, équivalent de la Spedidam qui gère la Rémunération Équitable au Royaume-Uni, reconnaît depuis toujours programmeurs et autres remixers...


Christophe Monier - The Micronauts

Plus d'infos sur The Micronauts

 
     
       

Dernière modification : 22-03-2007 23:39
 
Contenus : Association Technopol – Graphisme : Marie Heyndrickx – Technique : Antoine Librizzi
 
 
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