Report : La Nature Festival

La saison des festivals est déjà bien entamée, et c’est l’occasion pour nous de revenir sur l’un de ceux auxquels nous avons eu la chance d’assister à la mi-juin. Un événement dont on avait déjà entendu parler par des copain·es, présenté comme une expérience à part entière : un festival niché au cœur d’une forêt, avec une programmation artistique pluridisciplinaire mêlant performances, installations et ateliers, portée par un ensemble de curateur·rices, collectifs, labels et artistes, parmi lesquels NoName, l’association à l’origine de La Nature et principale voix curatoriale du festival.

C’était il y a donc plus d’un mois (déjà) qu’on a pris la route, direction les Ardennes belges dans un bourg que l’on nomme la baraque de fraiture, station de ski l’hiver et terrain de jeu du festival pour le début de l’été.

Travail oblige, nous avons dû sacrifier la première journée du festival et sommes arrivé·es le vendredi aux alentours de 16h. Autant vous dire que nous n’avons jamais monté une tente aussi vite. Avec déjà une journée et demie de perdue, notre programme s’annonçait chargé. Pas question de perdre une miette des différentes performances qui nous attendaient. Quelques heures plus tôt, on était à l’œuvre pour préparer notre programme dans le train avec la liste des artistes et perf qu’on ne voulait pas manquer. Oui on fait partie de cette team organisée qui aime bien préparer tout un planning qui, spoiler alert, n’est évidemment jamais respecté. De tout façon, la particularité de La Nature tient bien à une chose, le line-up se découvre sur place. Et si cela peut être déroutant pour certain·es, cette approche a soulevé chez nous un questionnement super intéressant. Et si la valeur artistique d’un événement ne reposait pas uniquement sur le line-up ? Cette énième check-list d’artistes “stars” placée pour la plupart des festivals comme le principal argument de vente oubliant d’une certaine manière ce qui fait l’essence d’un événement.

À La Nature, la fête se vit avant tout comme une expérience, partir à la découverte, se laisser porter de scène en scène, pour finalement tomber sur un·e artiste que tu ne connaissais pas. C’est ça qui fait la différence, cette approche de l’imprévu et la spontanéité imposée pour le public mais qui rappelle l’importance de placer la musique au premier plan, sans poser d’étiquette sur le nom de l’artiste derrière les platines. Bon pour autant, ce serait vous mentir de dire qu’il n’y avait pas de sacrés noms au programme. Certain·es des artistes invité·es ont performé d’ailleurs plusieurs fois : en set long, en live, hybrid set, en b2b… C’est l’un des points qu’on a trouvé vraiment super positif et vraiment bien pensé sur la prog, cette volonté de permettre à un·e artiste de montrer les plusieurs facettes qui composent son travail.

Dès notre arrivée sur le site du festival qui se trouve littéralement à deux pas du camping (il suffit de traverser une route), nous partons en repérage des différentes scènes. C’est toujours le moment qu’on trouve le plus satisfaisant, surtout dans le cadre d’un événement qui se déroule en pleine nature mais évidemment car nous pouvons enfin percer le mystère qui entoure le festival et que les orgas se gardent bien de nous révéler.

On passe donc par la scène située en bas des pistes avant de s’enfoncer dans la forêt direction “La Chapelle” pour un arrêt sur l’excellent live de Ghost Dubs. On comprend tout de suite ce qui fait la force de La Nature : cette forêt magique avec des scènes nichées sous les cimes des arbres, le soundsystem de qualité, la scénographie et les installations tout en bois… mais surtout ce qu’on sous estime le plus dans un événement : le public et sa good vibe légendaire. On est direct plongé·es dans une ambiance vraiment familiale qu’on a pu retrouver tout au long du festival. On sent que c’est un événement qui a été pensé par des organisateur·rices qui vivent vraiment l’événement comme le vit le public, un son vraiment qualitatif, un soin apporté à la scéno, beaucoup de coins chill et une très bonne organisation générale : peu d’attente au bar, des toilettes franchement propres et surtout la place pour pouvoir danser et circuler comme bon nous semble.

On poursuit donc notre tour du site pour que nous menons dans les moindres recoins pour ne rien manquer des installations : la scéno, les chills-out jusqu’aux zones les plus reculées (big up à l’arrière scène de la clairière). C’est d’ailleurs là que se trouve la love space, un espace dédié à l’exploration et la connection, qui aura fait office pour nous de zone de chill samedi matin (avec peu d’heures de sommeil au compteur) et super refuge le samedi soir lors de la grosse tempête qui aura suspendu le festival d’une bonne heure malgré quelques survivors qui auront continué de danser malgré la pluie.

La programmation pluridisciplinaire apporte une vraie profondeur à l’expérience, avec des performances et installations qui ne donnent pas simplement l’impression d’être ajoutées au programme musical, mais qui participent pleinement à l’identité du lieu. On peut vraiment souligner l’énorme travail sur la scénographie (en majorité en bois) et le travail des lumières. Attention néanmoins, les chemins qui relient les scènes sont peu éclairés et leur traversée la nuit peut donc s’avérer périlleuse, attention aux nombreuses racines des arbres qui nous auront causé quelques chutes pleine terre pour certain·es des participant·es.

On ne pourrait même pas quantifier le nombre de kilomètres parcourus pendant les trois jours, mais ce qui est sûr, c’est qu’on aura bien profité des différentes scènes.

Si on devait résumer les plus grands moments musicaux qu’il nous a été donné de voir sur cette édition, on retiendra sûrement le live bien mental de l’artiste arménienne Innersha, qui nous aura complètement embarqué·es dans son univers. Laïma Adelaide, le samedi, nous aura offert une proposition plus profonde, entre ambient et deep techno, particulièrement adaptée à l’atmosphère du festival et à cette forêt qui semble parfois amplifier tout ce qui s’y joue.
On retiendra également les lives de Cinna Peyghamy, ainsi qu’Arsenal Mikebe, le groupe de batteurs affilié à Nyege Nyege invité sur le takeover du label Maloka du Motel, l’un des curateurs du festival, mais aussi Jin Synth, Andy Martin x Gavsborg, Sookie et son set 100 % vinyl. Autant de propositions qui illustrent assez bien la diversité de la programmation : des approches plus expérimentales aux sets plus narratifs à une hybridation des genres parfaitement maîtrisée dans les choix de programmation.

On aura évidemment fait quelques manqués avec certaines des performances qu’on voulait voir et qui sont passées à la trappe : celle du jeudi et le dimanche matin, où on aura raté les 3/4 du set d’Andy Martin. Il fallait bien dormir, même si on était plutôt sur un coma ambiance four dans la tente sous 40° (on verra plus tard pour donner un avis plus poussé sur la Black and Fresh de Décathlon, mais on a eu bien chaud) plutôt que sur une nuit reposante.

Il nous aura fallu quelques jours pour nous en remettre (c’est ça d’avoir 30 ans) mais le festival aura clairement été à la hauteur de nos espérances et plus encore. Cette forêt dans laquelle on passe son temps à se perdre et à découvrir de nouveaux espaces. La scénographie. Le son. Les installations. Les rencontres. Les performances qu’on n’avait pas prévu de voir et qui finissent par devenir celles dont on parle encore quelques semaines plus tard.

Alors merci La Nature, on se dit à l’année prochaine.

 

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