Technopol Mix 135 | Sonia Michigan
Sonia Michigan est une DJ et productrice basée entre Paris et Nantes, au style instinctivement psychédélique et cérébral. S’inspirant des musiques électroniques et des esthétiques trance contemporaines, ses sets mêlent Mental Trance, Psytrance, Techno et Post-Club, formant l’ADN de ses prestations. Elle a ainsi exploré la scène club française et européenne et joué dans des lieux emblématiques tels que le Karmen Camina, le FVTVR, le Macadam, le Glazart ou encore l’OXI Club à Berlin. Également productrice, les sorties de Sonia Michigan sur des labels tels que Essential Delights, Matière, Curiosity Pill et Silencer dessinent les contours d’un projet hybride en pleine ascension, avec un EP solo prévu pour 2026. Membre du collectif Tout Feu Tout Femme, elle défend par ailleurs une scène électronique plus inclusive. Pour ce 135ème Technopol Mix, Sonia nous livre un set hypnotique, rythmé et planant, où la techno se teinte progressivement d’éléments trance et psychédéliques.
Quels ont été les temps forts de ta traversée dans le monde de la musique ?
Je dirais mes premières dates en club à Lille puis à Paris, et la création de mon collectif Tout Feu Tout Femme en 2021, qui œuvre pour une meilleure représentation des minorités de genre dans les musiques électroniques. Mais le plus gros tournant a clairement été de rejoindre l’agence Unfair Records et surtout de commencer à produire mes propres tracks.
Ça a complètement changé ma manière de mixer en club : je ne suis plus seulement dans la sélection, j’essaie de construire progressivement un univers qui m’appartient vraiment. Aujourd’hui, je suis persuadée que production et DJing se nourrissent l’un l’autre, et j’ai l’impression que mon identité musicale et artistique se précise de plus en plus à mesure que j’approfondis la production et ma compréhension du son.
Quelles sont tes influences musicales ?
Elles sont assez larges et surtout en constante évolution. J’ai toujours eu du mal à me définir à travers un seul genre mais je crois surtout que je n’en ai pas envie. Selon les contextes, je peux aller vers quelque chose de très ambient, deep, techno et progressif, comme vers de la fast techno, de la trance, de la psy, de la tekno ou même de la bass, que j’adore jouer en club et avec laquelle j’ouvre d’ailleurs ce set pour Technopol.
Ce qui relie tout ça, c’est surtout cette idée de transe poétique que j’essaie de transmettre. J’aime les morceaux groovy, mentaux, hypnotiques, parfois très planants ou au contraire plus percussifs, avec des éléments psychédéliques qui apparaissent sans forcément prendre toute la place. C’est davantage cette esthétique qui définit mon univers qu’un genre en particulier.
Si tu devais changer ou améliorer quelque chose sur notre scène, qu’est-ce que ce serait ?
Encore plus de femmes derrière le booth ! Plus sérieusement, j’aimerais voir davantage de prises de risques dans les programmations et moins de frontières entre les genres. Ce sont justement les soirées où plusieurs univers peuvent se rencontrer qui m’intéressent le plus. Ça rejoint aussi l’idée qu’il faudrait arrêter de construire des line-ups principalement en fonction du nombre d’abonné·es sur les réseaux. La visibilité est devenue importante, évidemment, mais elle ne devrait pas prendre le dessus sur la proposition artistique.
Enfin, ayant moi-même travaillé dans le secteur culturel, j’aimerais que les musiques électroniques soient reconnues et valorisées au même titre que des formes musicales plus « classiques ». Elles ont pleinement leur place dans le paysage culturel contemporain. Les difficultés que traversent actuellement de nombreux festivals et acteur·rices de la scène m’inquiètent forcément pour son avenir.
Y a-t-il un titre qui t’a marquée dans ce mix et que tu aimerais partager avec nos lecteur·rices ?
Je vais choisir deux de mes tracks. D’abord Dawn Memories, qui est encore unreleased et qui sera l’une des dernières sorties d’Unfair Records. Ce morceau m’a permis d’explorer davantage une psytrance contemporaine croisée à des rythmiques plus club et techno. Il y a également Polar Glide, sorti récemment sur Aura Trax. C’est un morceau plus hypnotique et planant, et je trouve qu’il représente bien une autre des directions que j’explore actuellement dans mes productions.
Comment sélectionnes-tu tes sons ?
Beaucoup au ressenti. Quand je dig, je ne cherche pas forcément un genre précis : il faut surtout qu’un morceau ait quelque chose qui m’accroche, que ce soit son groove, une texture, une atmosphère ou simplement un élément un peu bizarre et original qui pourra se marier parfaitement avec d’autres morceaux.
Je suis aussi beaucoup d’artistes et de labels dont j’écoute attentivement les nouvelles sorties. J’accorde énormément de temps au dig : j’aime cette sensation de tomber sur un morceau nouveau ou inattendu et de me demander comment je vais pouvoir l’intégrer dans un de mes sets.
En tant qu’artiste, comment souhaites-tu évoluer dans les années à venir ? Y a-t-il un nouveau moyen d’expression artistique que tu aimerais utiliser ?
J’ai envie de continuer à produire énormément et surtout à explorer sans trop me mettre de barrières. J’ai pas mal d’unreleased qui arrivent et qui partent dans de nouvelles directions, et c’est quelque chose que j’ai vraiment envie de continuer à pousser.
À terme, j’aimerais surtout développer un live avec des machines, pour avoir une approche encore plus personnelle de la scène et aller plus loin dans la création de mes propres sons, un peu comme le duo Bicep, Calling Marian ou Irène Drésel. Je reprends aussi le piano pour approfondir la composition et élargir ma manière de faire de la musique. Et en parallèle, je prépare le lancement de mon propre label, avec mon tout premier EP solo pour l’inaugurer… Stay tuned !