Technopol Mix 124 | Cardozo

Pour celles et ceux qui l’avaient manqué à la soirée du collectif et label TÊTE VIDE, on a une bonne nouvelle. Cardozo a eu la bonne idée d’enregistrer son dernier live au Point Ephémère pour notre Technopol Mix. Un live set inédit, piloté par une manette de PlayStation 5, qui propose une approche instinctive et physique de la performance électronique.

Basé à Montpellier, Cardozo explore sans cesse de nouvelles sonorités. Il crée une musique audacieuse et hybride, mêlant plusieurs spectres de la bass music. Sound design affûté, motifs percussifs entraînants et textures vocales uniques composent une signature présente dans ses productions, jouées sur des scènes internationales.

 

Quelles sont tes influences musicales ?

Mes influences sont multiples et finissent toutes par se retrouver dans la musique que je compose aujourd’hui. Je suis du genre à croiser les styles et à éviter de me limiter à un seul univers, selon les humeurs et les envies du moment.

Adolescent, je suis beaucoup passé par le grunge, le métal et le trip hop, aussi par la tekno (celle avec un k) et ses déclinaisons (acid, tribe, mental). Je me suis intéressé au rap et au hip-hop un peu plus tard, et ils m’ont rapidement ouvert les portes de la club music, notamment grâce à l’explosion de SoundCloud. À cette époque, j’étais passionné par des labels comme Warp et LuckyMe, puis par Night Slugs, Fractal Fantasy, et un peu plus tard PC Music, dont j’ai été vraiment accro.

SoundCloud a aussi été une énorme plateforme pour découvrir des genres et des artistes, parce que ça permettait d’écouter en direct ce que les producteur·rices du monde entier expérimentaient. Il y avait un côté hyper excitant à découvrir quel artiste allait sortir un remix improbable du dernier morceau à la mode. J’ai également beaucoup suivi les mouvements latins digitaux comme le neoperreo, et plein d’autres scènes plus niches qui gravitaient autour. Depuis ces derniers mois, je suis en pleine découverte de la scène petalcore / botanica, un genre de musique ambiante fascinant.

 

Un mot sur ton podcast

J’ai l’habitude d’enregistrer tous mes lives lors de chaque date. Et il se trouve que le dernier en date était au Point Éphémère, la super team Tête Vide m’avait invité à jouer et il y avait une sacrée énergie ce soir-là, le public était à fond et connecté, et je suis vraiment ravi de pouvoir partager cet enregistrement. Cette expérience m’a aussi donné envie de réfléchir à des formats de live plus longs pour la suite : en une heure, j’ai le temps d’installer une atmosphère et d’emmener les gens avec moi, mais le temps est vite passé à chaque fois et je travaille donc sur un format de deux heures cette année, ce qui me permettra d’interpréter plus de tracks, de varier les ambiances, etc.

 

Quels sont tes projets à venir ?

En parallèle de mes tracks club, je termine en ce moment la création d’une installation sonore interactive. L’idée, c’est de détourner entièrement une manette de PS5 pour en faire un instrument musical intuitif et sensible que chacun pourra manipuler. J’ai hâte de pouvoir la présenter ! C’est un projet pensé pour des contextes plus ambiants : chill out, festivals, ou encore des lieux orientés art et expérimentation.

 

Que penses-tu de la scène électronique qui apparaît aujourd’hui ?

Je trouve que notre scène électronique actuelle est vraiment bouillonnante : elle grandit et on sent une créativité incroyable chez une nouvelle génération d’artistes. Il y a une vraie diversité d’esthétiques et d’approches, ce qui rend les choses très stimulantes.

En parallèle, on manque cruellement de lieux de petites et moyennes tailles pour permettre à cette scène de s’exprimer pleinement. Beaucoup ferment partout en France, à cause des charges toujours plus lourdes, de modèles économiques fragiles, de lois de plus en plus restrictives, et souvent de politiques culturelles qui privilégient un certain “moule” et se montrent hostiles envers tout projet qui sortirait des cadres établis. Quand on se tourne vers des circuits alternatifs, on fait aussi face à un encadrement de plus en plus sévère en cas de répression, avec des sanctions devenant systématiques et plus lourdes qu’auparavant. Mais malgré ça, la scène continue de trouver des solutions. Ces difficultés poussent aussi les artistes et collectifs à inventer de nouvelles formes de diffusion, à investir des lieux inattendus, à se regrouper autour de modèles plus solidaires et autogérés. On voit naître constamment des initiatives indépendantes qui montrent bien qu’il y a une énergie énorme pour faire vivre cette culture, peu importe les obstacles. Et c’est sans doute ça qui la rend si vivante et excitante aujourd’hui et qui la fera perdurer.

 

Quel est ton processus artistique lorsque tu produis de la musique aujourd’hui ?

Je pars souvent d’un souvenir précis où j’ai eu un vrai coup de cœur en écoutant de la musique, une nouvelle sensation musicale que je découvre. Ça m’arrive surtout en contexte de soirée, pendant un set : il y a un instant où un track me surprend, et je me dis direct qu’il faudrait que je puisse enchaîner une idée avec ce que je viens d’entendre.
Dès que je retourne au studio, mon objectif est de recréer cette énergie, cette sensation. C’est un peu comme si j’imaginais la suite du souvenir que je viens de vivre sur le moment, en prolongeant ou détournant ce qui m’a marqué sur le moment.

 

Dans tes productions et tes sets/live, qu’essayes-tu de transmettre à ton public ?

J’aime que la musique surprenne, qu’elle change de direction et crée des bascules, un peu comme des vagues qui montent et redescendent. Pour moi, un morceau ou un live devient intéressant quand il y a ces bascules.
Je joue beaucoup sur le mélange des styles et sur les contrastes, parce que ça crée des moments inattendus. Et je suis loin d’avoir tout exploré : j’aimerais par exemple explorer les changements soudains de tempo, de tonalité.

#Retrouvez-nous sur Instagram