PREMIERE | Ayuji – Supercell [La Forge]

Du nord-est de la France au reste du monde, cela fait désormais 10 ans que le collectif rémois La Forge, né d’une bande de potes passionnés, tisse des récits à travers le son et cultive sa communauté. Cette décennie s’illustre aujourd’hui à travers une compilation anniversaire : le 8ᵉ chapitre de leur série Crysta Ampullaris, qui réunit pas moins de 10 artistes, membres du crew comme amis proches. Car oui, La Forge est avant tout une affaire de famille. Chaque morceau rend hommage à la techno et à la musique club défendues par le collectif, un véritable retour aux racines pour célébrer ces dix années écoulées.

Aujourd’hui, c’est la track « Supercell » d’Ayuji, l’un des membres fondateurs de La Forge, qu’on souhaitait mettre en lumière. Un projet plus techno qu’à ses habitudes, qui s’étend sur huit minutes avec une progression continue, caractéristique de son approche narrative du son.

 

Est-ce que vous pouvez présenter La Forge ? Qui est derrière le projet ?

La Forge a vu le jour il y a dix ans, à Reims. L’aventure a démarré simplement entre cinq potes mordus de son qui voulaient avant tout organiser des soirées, mixer, et dynamiser notre scène locale (pour les citer : Nigm, Thanh Su, Numa, Arthur et Romain). Au fil du temps, le collectif s’est enrichi de nouveaux membres et, surtout, de nombreux artistes talentueux. C’est ce vivier qui nous a permis de créer officiellement le label en 2019 avec la sortie de notre toute première compilation de la série Crysta Ampullaris.

Si l’organisation de soirées reste importante, notre activité s’est concentrée sur la production, car les lieux pour les événements à Reims se font malheureusement de plus en plus restreints (tout comme les horaires imposés par le préfet) et nous ne nous sommes jamais vraiment exportés au-delà de la Champagne. Le projet est porté par un noyau dur de producteur·rice·s et de passionné·e·s, avec un objectif clair : continuer à développer notre catalogue et à consolider la présence de La Forge sur la carte des labels français reconnus. Aujourd’hui, l’équipe s’est agrandie, mais l’esprit reste le même : partage, exigence artistique et amour des musiques électroniques, de la house à la techno, en passant par la trance, l’électro et le breakbeat.

 

Vous sortez la compilation à l’occasion de vos 10 ans. Comment avez-vous vu évoluer la scène depuis vos débuts ?

Dix ans, c’est une sacrée aventure et une période de transformation majeure pour les musiques électroniques. Ce que nous avons observé, et que nous saluons, c’est une professionnalisation et une diversité incroyables. La scène est devenue plus inclusive et l’écosystème s’est structuré. Pour La Forge, le tournant s’est fait en 2020 lorsque nous avons signé avec Underscope pour la distribution. Cela nous a permis non seulement d’être mis en avant plus efficacement, mais surtout d’être au contact de nombreux autres labels français de qualité, renforçant cette notion de réseau national et d’entraide entre les acteur·rice·s du milieu.

Par ailleurs, le rôle du digital s’est décuplé. Les réseaux sociaux sont devenus un amplificateur extraordinaire pour la musique, permettant à des labels régionaux comme le nôtre de se faire entendre bien au-delà de Reims. C’est l’un des aspects les plus positifs. Pour le pire, cependant, cette évolution vient avec son lot de défis, notamment le besoin constant de contenu et de visibilité. Les réseaux sociaux imposent parfois une course à la nouveauté et à l’immédiateté qui peut faire passer le marketing avant la profondeur artistique. Il faut donc être vigilant et s’efforcer de toujours remettre l’œuvre et l’exigence musicale au centre de notre démarche, malgré la pression du feed. L’équilibre entre la qualité de la production et la nécessité de communication est le défi permanent de cette nouvelle décennie.

 

Comment s’est fait la sélection des artistes pour ce VA anniversaire ?

Cette compilation anniversaire, le 8ᵉ opus de notre série Crysta Ampullaris, est un éventail précis de la musique techno et plus généralement club que nous aimons. L’idée était de revenir à nos racines en célébrant la décennie écoulée.

La sélection s’est articulée autour de deux cercles : d’abord, nos producteurs et productrices membres de La Forge, celles et ceux qui ont façonné notre identité sonore. Ensuite, nous avons pu inviter pour l’occasion des amis proches et talentueux. C’est une façon de célébrer la communauté et la famille que nous avons construite. Ce retour aux sources est marqué par un fort ancrage local : la plupart des artistes invités sont originaires de Reims (ou de Châlons-en-Champagne). Exception faite pour Qant, qui fait partie intégrante de notre processus créatif en s’occupant de nos masterings depuis un bon bout de temps maintenant. Au final, cette compilation rassemble dix morceaux qui incarnent l’éclectisme de notre parcours.

 

Pour Ayuji, peux-tu nous dire un mot sur ta track ?

Mon morceau s’intitule « Supercell ». C’est un morceau un peu plus techno que ce que je produis habituellement, mais il est typique de ma démarche : j’accorde beaucoup d’importance au groove et à la narration. J’avais vraiment envie de produire quelque chose de spécial pour cette compile, j’avais même planché sur deux autres projets techno avant de partir sur celui-ci…

Mon processus est rarement minimaliste. J’ai une tendance naturelle à ne pas brider mes idées, ce qui fait que mes projets peuvent facilement rassembler 40 à 50 pistes et inclure des parties si contrastées qu’elles pourraient former deux morceaux distincts. Pour « Supercell », j’ai dû me canaliser dans l’arrangement pour maintenir une cohérence tout en restant évolutif. L’idée derrière le titre, c’est de commencer dans la brume, d’être pris progressivement dans un mouvement, une tension croissante, jusqu’à se retrouver au cœur du cyclone, jusqu’à ce que la tempête passe… J’ai passé un temps fou à structurer cette progression, à travailler le sound design et je dois avouer être très fier du résultat : un morceau qui respire la tension et l’intensité, brumeux et club !

 

En moyenne, les projets dans les musiques électroniques ont une durée de vie de 7 ans (cf étude Technopol de 2022). Donnez-nous votre secret de longévité 🙂

Et bien… on peut être fier·ère·s d’avoir passé ce cap !

Au risque de radoter, La Forge est une histoire d’amitié avant tout. On échange beaucoup, on se fait écouter nos travaux, on réfléchit ensemble aux thématiques des compilations (même si on ne les respecte pas nécessairement). C’est ce socle amical qui nous maintient uni·e·s, solidaires et motivé·e·s depuis dix ans maintenant. Nous n’avons jamais voulu nous enfermer dans un seul style. Le catalogue de La Forge est large, porté par des producteurs et productrices ainsi que des DJs ayant chacun son propre univers. La force du label se trouve moins dans une « signature sonore » unique que dans la diversité et l’exigence individuelle de nos artistes.

Enfin, l’aspect purement organisationnel est clé. Le fait d’être resté un label exclusivement digital et de limiter l’organisation de soirées nous a permis de rarement (voire jamais) prendre de risques financiers majeurs. C’est probablement la clé du succès, et c’est là le paradoxe : nous avons pu concentrer nos ressources et notre énergie sur la qualité de la musique, du mastering et de la promotion. On pourrait même dire, avec une pointe d’autodérision, qu’un certain manque d’ambition est la clé de notre longévité et de cette forme de « sobriété heureuse » qui assure la pérennité de La Forge.

 

Des projets pour la prochaine décennie de La Forge ?

La prochaine décennie de La Forge sera placée sous le signe de l’émergence et de l’exploration. Nous avons la chance d’avoir une myriade de producteur·rice·s et de DJ hyper talentueux·ses au sein du collectif. L’objectif est que La Forge puisse servir de tremplin pour chacun de ses membres à travers la sortie d’EP ou d’albums, en proposant un terrain d’expression absolu. L’objectif est de promouvoir leur travail et de capitaliser sur la réputation de La Forge pour les faire connaître à un public encore plus large.

Bien sûr, nous allons continuer à développer notre catalogue avec la même exigence de qualité. L’une de nos grandes envies est d’explorer d’autres palettes sonores. Si notre cœur de métier reste la musique club, nous adorons par exemple l’ambient et souhaitons intégrer davantage de sorties expérimentales et atmosphériques. En résumé : plus de visibilité pour nos artistes, plus de diversité dans notre son, et toujours cette même passion qui nous anime depuis dix ans.

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