Technopol Mix 129 | Myria Idha
Myria Idha est une artiste aux multiples facettes : DJ marseillaise, fondatrice de l’Atelier Symbiose dédié au tufting, membre du collectif et label Lonely Life Lovers Club et anciennement résidente de la webradio LYL Radio. Dans sa musique, elle met à l’honneur la douceur et la tension amenant à la création d’espaces sonores. Dans ce nouveau podcast, Myria Idha met en lumière son goût pour la Bass Music sur des tempos légèrement ralentis créant une ambiance axée sur l’émotion et ses contrastes.
Quelle est l’histoire derrière ton nom d’artiste ?
J’ai trois prénoms sur ma carte d’identité : Mélissa, Miriam, Idha. Je trouvais ça dommage de ne pas utiliser ces autres prénoms qui m’accompagnent depuis toujours. Du coup, j’ai construit mon nom d’artiste à partir de là.
Petite fun fact : je suis née le jour de l’Aïd el-Kebir, une fête religieuse importante, et j’ai hérité du prénom Idha en référence à ce jour. Je me dis qu’il y a peut-être de grandes chances pour que mon animal totem soit… le mouton. Et honnêtement, ça me va plutôt bien parce qu’à côté de la musique, je travaille aussi la laine avec mon autre métier.
Outre la musique, as-tu d’autres intérêts et passions ? Comment te retrouves-tu et te déconnectes-tu ?
Outre la musique, ma grande autre passion, c’est de créer avec mes mains. J’ai un atelier de tufting (une technique textile à base de laine) et cet espace de création occupe une place essentielle dans mon équilibre.
J’ai besoin de cette pratique pour me sentir complète. Je me suis aussi rendue compte que j’adore enseigner, partager mes connaissances, et je trouve ça tellement satisfaisant de partir d’une idée dans la tête pour avoir quelque chose de concret entre les mains à la fin.
Le processus est très différent de celui de la musique : là où la musique peut parfois être très mentale et m’habiter intensément, le tufting me permet au contraire de revenir au geste, de vider ma tête et de me reconnecter au présent. C’est une autre manière de créer : plus physique, plus instinctive. Et j’ai besoin des deux pour me sentir entière.
Dans tes sets, qu’essaies-tu de transmettre à ton public ?
Ce que j’essaie de transmettre avant tout, ce sont des émotions qui laissent de l’espace à l’imaginaire, entre douceur et tension. J’écoute beaucoup de trip hop, d’ambient, de musiques expérimentales, de noise et bien sûr de bass music, donc ça influence forcément ma manière de construire mes sélections. J’aime mélanger les styles, explorer différents horizons et je me fie beaucoup au ressenti. J’adore aussi proposer des tracks et des sonorités qu’on n’a pas forcément l’habitude d’entendre dans les clubs. Il y a toujours cette idée de balade et de surprise.
Qu’as-tu préparé pour ce podcast ? Peux-tu nous parler un peu de ta sélection ?
Un DJ set 100 % bass music, aha. On entre avec de la dubstep, puis on glisse vers des choses plus grime, avant d’avancer vers quelque chose de plus club pour finir sur des morceaux plus doux pour lâcher prise. J’adore les sonorités bien sombres mais il y a toujours une lueur au bout du tunnel. Pour ce mix, j’ai décidé de ralentir le BPM des morceaux entre -5 et -15 BPM. C’est assez imperceptible à l’oreille, mais je trouve que ça rend l’ensemble plus émotionnel, plus doux pour une écoute passive. Il y a un petit je-ne-sais-quoi qui se ressent quand on ralentit légèrement les morceaux et qui, pour moi, fonctionne particulièrement bien dans ce contexte d’écoute.
Pourquoi es-tu résident·e dans Lonely Life lovers Club ? Quels sont les traits et les valeurs du club / collectif qui sont similaires aux tiennes ?
Je fais partie du Lonely Life Lovers Club. C’est à la fois un collectif et un label qui organise des sessions de rencontre qu’on appelle des « clubs ». C’est un peu comme des clubs de lecture, mais autour de la musique. On s’est rendu compte qu’entre passionné·es, en soirée, on finit toujours par avoir des discussions infinies sur la musique… mais avec le bruit, le contexte, parfois les consommations, on oublie ce qu’on s’est dit et avec qui. On avait envie de recréer un espace plus conscient, plus calme, où on puisse vraiment partager.
Il y avait aussi cette envie de décloisonner une pratique qui reste souvent très solitaire. Le partage est essentiel dans la musique. Avant, il y avait les forums, les pages Facebook, les blogs, tous ces espaces où on échangeait des découvertes pendant des heures. J’ai l’impression qu’on a un peu perdu ça et, à notre échelle, on essaie de recréer cette idée de communauté.
On a déjà organisé des clubs à Paris et Bruxelles, et l’idée serait d’en faire partout. Pour nous, ce genre de rencontre est presque d’utilité publique.
As-tu une anecdote originale de soirée à nous partager ?
À mes débuts, j’étais aller voir ma cousine à Strasbourg et on est partis en teuf avec ma clé USB sur moi. J’ai un peu forcé le destin : je revenais voir les orgas toutes les heures pour demander s’il y avait une possibilité de passer. Finalement, ils m’ont laissé les platines… quand il ne restait quasiment plus personne. Peut-être 10 personnes.
J’ai joué pendant plus de cinq heures. À la fin, je n’avais même plus assez de morceaux sur ma clé et j’ai dû arrêter parce que j’avais un train à prendre pour les Vosges.
Je crois que je n’ai jamais refait un set aussi long, aha. Mais c’était trop bien, même avec juste une poignée de personnes devant moi. Le plus surprenant, c’est la suite : parmi ces quelques personnes, il y en avait un qui a pris plein de vidéos et les a envoyées à Béatrice M., qui coorganisait avec son collectif de l’époque un festival, La Ferme Électronique, dans les Vosges la semaine suivante. Iel m’a bookée sur ce festival (alors que j’avais prévu d’y aller parce que j’étais justement dans la région à ce moment-là) et iel m’a même donné l’intégralité de son propre cachet (50 €). C’était la première fois qu’on me payait en tant qu’artiste. Et je crois que ça m’a beaucoup marquée : parfois, il suffit qu’une seule personne soit là au bon moment et de forcer un peu le destin. <3