PREMIERE | PARADISE777 – Red Eyes [Tripalium Corp]

DJ et producteur basé en Bretagne, PARADISE777 nous conduit dans son environnement nourri d’une infinité de samples mêlant drum’n’bass, jungle, techno et UK Bass inspirés de la scène britannique. L’EP est composé de 5 tracks traduisant une émotion ou un souvenir précis adapté à l’énergie club. Red Eyes illustre la volonté de sortir de cette énergie épuisante du quotidien en passant à une étape plus libératrice.

 

Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler de ton univers musical ? Quels sont les messages et les valeurs que tu veux transmettre à travers l’ensemble de tes projets ?

Je suis PARADISE777, DJ et producteur de bass music et techno. Mon univers est construit autour du contraste. J’ai commencé à produire sans objectif précis, simplement comme un moyen d’exprimer ce que je ressentais. Je ne me suis jamais imposé de frontières de genre et cette liberté reste aujourd’hui au cœur de mon approche. Même si je me suis progressivement rapproché de la bass music, je continue à puiser dans différentes esthétiques, mon premier EP était d’ailleurs un EP techno publié sur Black Silhouette Record.
Ma façon de produire est très instinctive : beaucoup de mes morceaux naissent en une seule session. J’aime l’idée de figer une émotion ou un instant précis dans une track. Pour moi, l’énergie et la sincérité d’un morceau sont plus importantes que la perfection technique. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la spontanéité. Au-delà de mon projet musical, je pense qu’il est important de rappeler les racines de la bass music. C’est une culture qui vient à l’origine de scènes issues de communautés marginalisées, notamment afro-descendantes et issues de l’immigration au Royaume-Uni et en Jamaïque. Des genres comme la jungle, le UK garage ou la drum & bass se sont construits dans des contextes sociaux particuliers, avec une vraie dimension de partage, de résistance et d’expression. Ce qui m’intéresse là-dedans, ce n’est pas seulement l’esthétique sonore ou l’énergie des morceaux, mais aussi l’histoire qu’il y a derrière. Cette musique a toujours été liée à des espaces alternatifs, à des communautés qui ont créé leurs propres codes et leurs propres lieux d’expression, souvent en dehors des circuits institutionnels.

 

Peux-tu nous parler de ta musique et de ce qui t’a donné envie de continuer ?

Dans ma musique, il y a certains éléments qui reviennent souvent, notamment des passages assez émotionnels qui contrastent avec des drops plus énergiques. Mais j’essaie de ne pas me répéter et de laisser une vraie place à l’imprévu. J’ai besoin de sentir que chaque track explore quelque chose de différent, même si ça reste dans la même identité globale.
La musique, pour moi, c’est surtout un moyen d’extérioriser ce que je ressens. C’est aussi ce qui me donne envie de continuer : pouvoir transformer des émotions, des périodes de vie ou des expériences en quelque chose de concret et de partageable. Chaque morceau, c’est un peu une capture d’un moment précis. Je m’inspire aussi beaucoup du cinéma, des films qui me marquent, que ce soit dans la manière de raconter une histoire ou dans les ambiances.

 

Concernant ton EP « TMF!28 – PARADISE777 – mieux que dans les films », comment s’est passé le processus de création ? Quelle est la ligne directrice ?

Mieux que dans les films est un EP qui s’est construit de manière très spontanée sur plusieurs semaines. Il rassemble différents fragments de vie transformés en morceaux pensés pour le club.
Le titre vient d’une expression que j’utilise souvent pour décrire ces moments rares où la réalité dépasse tout ce que j’avais pu imaginer. Il fait aussi écho à une période plus difficile durant laquelle les films représentaient une forme de refuge. L’EP raconte finalement ce passage d’un sentiment d’enfermement vers quelque chose de plus ouvert et lumineux.
L’artwork, fait par un de mes amis (Allez voir son taff de zinzin : @noex6_) qui représente une personne observant un poisson dans un bocal, symbolise cette frontière entre ce qui est contenu et ce qui cherche à s’échapper. C’est une image qui résume assez bien le projet.
Musicalement, l’EP navigue librement entre techno, drum & bass, jungle et UK bass. Chaque morceau correspond à une émotion ou à un souvenir particulier transformé en énergie de club. Au-delà de leur esthétique sonore, ces genres résonnent aussi avec moi pour leur histoire et leur ancrage dans des communautés qui ont souvent créé des espaces d’expression alternatifs et inclusifs.
Les structures restent volontairement simples et efficaces : des introductions atmosphériques, souvent peu percussives, qui laissent progressivement place à des moments plus frontaux. J’aime beaucoup jouer avec le contraste entre vulnérabilité émotionnelle et impact physique des basses et des percussions. Je ne me suis imposé aucune limite stylistique, ce qui explique pourquoi certains morceaux comme Anxiety Is Killing My Creativity ou Last Night s’approchent parfois de rythmiques techno plus classiques.

 

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta track Red Eyes et ta collaboration avec Tripalium Corp ?

Red Eyes, c’est l’image de ces yeux rouges et fatigués après une longue journée passée devant un écran. Le morceau est né d’un sentiment de lassitude, de ces moments où l’esprit commence à décrocher et où une seule envie prend le dessus : partir ailleurs, sortir de la routine et respirer un peu.
J’ai composé cette track dans cet état d’esprit, en essayant de retranscrire le plus fidèlement possible ce que je ressentais sur le moment.
Le morceau commence de manière assez sombre et introspective, puis évolue progressivement vers quelque chose de plus intense, énergique et euphorique. Pour moi, cette progression symbolise le passage entre l’épuisement du quotidien et ce sentiment de liberté que l’on cherche parfois à retrouver à travers la musique, la fête ou simplement le fait de s’évader pendant quelques instants.
Pour la collaboration avec Tripalium Corp, c’est un label que j’admire depuis plusieurs années et sur lequel j’avais vraiment envie de sortir un EP. C’était un vrai objectif pour moi en tant que producteur.
Les échanges avec Benjamin, le fondateur du label, ont été trop cool, il a vraiment pris le temps de m’aidé en me faisant des retours sur les morceaux, ce qui m’a permis de les retravailler et de les rendre plus efficaces.

 

 

Des projets à venir ?

Un nouvel EP sortira en novembre sur le label Dans La Zone. Ce projet sera plus expérimental que Mieux que dans les films. J’y explore davantage le travail des atmosphères et du sound design, avec une approche plus immersive. J’ai également commencé à intégrer des voix, avec l’envie de faire passer certains messages de manière plus directe et plus assumée.
J’ai également un autre EP prévu pour 2027 sur le label parisien Matière.
Au-delà des sorties, l’un de mes principaux objectifs pour 2027 est de développer un live A/V. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur et qui représenterait une étape importante dans mon projet. Je kifferais collaborer avec graphistes et des artistes visuels pour donner une dimension audiovisuelle au projet, en créant une expérience où l’image et le son dialoguent et se complètent. L’ambition est de proposer quelque chose de plus immersif, qui prolonge l’univers émotionnel de ma musique au-delà du seul format club.

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