PREMIERE | Odalie – Quiet Current [Legs Records]
Legacy VA002 est un projet porté par le label Legs Records. Ce VA s’inscrit dans la continuité d’une formation dédiée à des artistes émergent·es et engagé·es de la communauté FLINTA* ayant pour objectif de contrebalancer le manque de représentation et faire émerger de nouvelles esthétiques, en leur donnant l’opportunité de concrétiser leur projet.
C’est donc un dialogue entre 13 artistes d’univers qui leurs sont propres, portant des valeurs communes et aujourd’hui, c’est la track Quiet Current d’Odalie que nous vous présentons. Elle a accompagné les artistes lors de cette formation en transmettant ses savoirs et en proposant des formations de MAO. Quiet Current, à travers un mélange de sonorités plus ou moins « codifiées », nous fait passer un message de nécessité de lâcher prise dans ce que nous offre la vie.
Peux-tu présenter LEGS Records ? Dans quel objectif ce projet a-t-il été lancé ?
LEGS Records est un label indépendant dédié aux musiques électroniques expérimentales et aux artistes émergent·es. Le projet est né de l’envie de créer un espace où la production musicale ne se limite pas à la sortie de disques, mais s’inscrit dans une démarche plus globale d’accompagnement, de transmission et de mise en réseau.
Nous avons lancé LEGS Records pour offrir une visibilité à des artistes dont les propositions sont souvent innovantes mais encore peu représentées dans les circuits traditionnels. Le label défend une approche collective de la création, où les œuvres émergent autant des singularités artistiques que des contextes dans lesquels elles se développent. Pour nous, sortir de la musique, c’est aussi créer les conditions qui permettent à cette musique d’exister et de se déployer durablement.
LEGS Records, c’est la continuité du dispositif d’accompagnement “Move Ur Gambettes” s’adressant aux artistes FLINTA* de la scène émergente électronique. Pouvez-vous nous en dire plus à propos de ce dispositif et la continuité dans laquelle s’inscrit la création de LEGS Records ?
Move Ur Gambettes est une association créée en 2020 qui développe des espaces d’apprentissage, de transmission et d’accompagnement destinés aux artistes FLINTA* des musiques électroniques. À ses débuts, le projet était principalement centré sur la pratique du DJing, avec l’envie de rendre cette discipline plus accessible à des personnes encore sous-représentées dans le milieu.
Au fil des années, l’association a mis en place de nombreux ateliers, initiations et formations autour du mix, mais aussi des rencontres professionnelles et des temps d’échange autour des réalités du secteur culturel. En cinq ans, près de 80 ateliers ont été organisés, réunissant plusieurs centaines de participant·es. Et 12 formations ont été organisées dans différentes villes en France, accompagnant une soixantaine d’artistes.
Très vite, nous avons constaté qu’une partie des artistes accompagnées souhaitait aller plus loin dans son parcours et développer ses propres productions musicales. Cette demande a progressivement amené Move Ur Gambettes à élargir ses actions vers la MAO (musique assistée par ordinateur) et la composition. Cette évolution répondait également à un constat plus large : si la représentation des personnes FLINTA* progresse progressivement derrière les platines, elles restent encore très largement sous-représentées dans les espaces de production musicale.
C’est dans cette continuité qu’est né LEGS Records en 2025. Contrairement à Move Ur Gambettes, dont la mission est avant tout pédagogique et formative, LEGS est un label. Sa vocation est de diffuser et valoriser les créations issues de ces dynamiques d’accompagnement.
Aujourd’hui, les deux structures sont complémentaires. Move Ur Gambettes crée les espaces d’apprentissage, de rencontre et d’expérimentation ; LEGS offre un cadre de diffusion et de valorisation des œuvres produites. Les compilations LEGACY sont l’un des points de rencontre entre ces deux dimensions : elles donnent à entendre les créations développées pendant les formations tout en affirmant une direction artistique propre au label.
Aujourd’hui, vous sortez Legacy VA002 en collaboration avec 13 artistes émergent·es et engagé·es. Ce VA constitue un aboutissement pour vous car c’est une compilation des créations d’artistes que vous avez accompagné·es pendant ces 6 mois de formation. Comment s’est passé le processus de sélection ?
Il est important de préciser que la compilation n’est pas une finalité obligatoire du programme. Pendant l’accompagnement, chaque artiste développe un morceau original, mais chacun·e reste libre de décider s’il ou elle souhaite le publier à l’issue de la formation.
Nous tenons à respecter le rythme de chaque projet. Certaines personnes peuvent estimer qu’un morceau a davantage besoin de temps pour mûrir, ou qu’elles sont encore en train de construire leur identité artistique et leur méthode de travail. Dans ce cas, nous préférons encourager ce temps de développement plutôt que de pousser à une sortie prématurée. Notre responsabilité est aussi de veiller à ce que les morceaux diffusés soient suffisamment aboutis, tant sur le plan artistique que technique, et qu’ils servent le parcours des artistes.
En amont du programme, nous avons sélectionné dix artistes parmi une soixantaine de candidatures. Au-delà des qualités individuelles de chaque projet, nous cherchions à constituer un groupe cohérent dans ses valeurs, ses envies et sa manière d’échanger. L’idée était de créer un environnement où les pratiques puissent dialoguer, se nourrir mutuellement et favoriser l’entraide.
LEGACY VA002 n’est donc pas seulement une collection de titres : c’est le reflet d’un processus collectif. Chaque morceau porte la trace d’un parcours individuel, mais aussi des rencontres, des retours et des dynamiques de groupe qui ont accompagné sa création.
Vous dites que vous souhaitez porter des idées qui vous semblent essentielles en 2026, quelles sont-elles, que souhaitez-vous revendiquer ?
Nous souhaitons défendre une vision de la création qui place l’entraide, la transmission et l’accès aux ressources au cœur des pratiques artistiques. Dans un contexte où les artistes sont souvent poussé·es à produire toujours plus vite et à répondre à des logiques de visibilité permanente, nous revendiquons l’importance du temps long, de l’expérimentation et des espaces collectifs.
Nous défendons également une meilleure représentation des personnes FLINTA* dans les musiques électroniques, non seulement sur scène mais aussi dans les espaces de production, de décision et de transmission des savoirs. L’enjeu n’est pas seulement de corriger un déséquilibre mais de permettre l’émergence de nouvelles esthétiques, de nouveaux récits et de nouvelles manières de faire de la musique.
Enfin, nous affirmons que l’accompagnement est une pratique créative à part entière. Créer des conditions favorables à l’émergence artistique est pour nous aussi important que produire les œuvres elles-mêmes.
Parmi les tracks de LEGACY VA002, vous proposez Quiet Current par l’artiste Odalie, qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Ce qui nous a plu dans Quiet Current, c’est sa manière d’avancer avec beaucoup de subtilité. Le morceau se construit progressivement, par strates successives. Il y a une vraie attention portée aux textures, aux mouvements internes et à la façon dont l’énergie circule tout au long du morceau. On a été sensibles à cette capacité à créer de la tension et de l’émotion dans la retenue. Le morceau est à la fois délicat et immersif, avec une écriture qui laisse de la place aux détails et à l’évolution progressive de la matière sonore.
Ce projet a également une place particulière dans la compilation puisqu’Odalie n’est pas une participante du programme. Elle intervient à Grenoble en tant que formatrice MAO et accompagne les artistes tout au long du parcours. Pour nous, il est important que les personnes impliquées dans la transmission fassent aussi partie du processus créatif. Nous ne voyons pas les intervenant·es comme des figures extérieures au projet, mais comme des artistes qui contribuent pleinement à la dynamique collective.
La présence d’Odalie sur LEGACY VA002 reflète cette vision. Son morceau dialogue naturellement avec ceux des participant·es et témoigne de cette volonté de créer des espaces où apprentissage, création et partage d’expériences se nourrissent mutuellement.
Plus largement, Quiet Current incarne parfaitement l’esprit de la compilation : une musique en mouvement, attentive aux transformations progressives de la matière sonore, où la recherche artistique et la sensibilité occupent une place centrale.
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Pour Odalie, peux-tu te présenter et nous en dire plus sur ta track Quiet Current ? Comment s’est passé le processus de création ? Quel.s message.s veux-tu mettre en avant ?
Ça fait 2 petites années que j’ai commencé à faire des DJ set plus orientés UK Bass alors que je suis productrice de base d’une musique plutôt atmosphérique, ambient, IDM, faite de textures, d’harmonies et d’arrangements instrumentaux.J’ai complètement plongé dans la UK Garage ces derniers temps dans mes sets car on m’offre la possibilité d’en faire de plus en plus et pour cette track pour LEGS j’avais envie de voir si j’arrivais à mélanger mes atmosphères, mes enregistrements de mon violoncelliste Paolo Rezze avec des sonorités plus « codifiés » UK.C’est assez annonciateur d’une suite pour moi car ça m’a beaucoup plu de faire ce mélange : j’adorerais faire un full EP comme ça si je lui trouve la bonne plateforme (label intéressé par l’idée ). J’ai vu Tristan Arp, musicien plutôt d’atmosphères sortir un EP plus dansant sur le label d’Objekt et c’est ultra inspirant.En terme de message j’ai toujours dépeins l’urgence dans une espèce de lenteur assez belle et mélancolique et le titre de ce morceau raconte un peu ça : c’est une manière de se faire emmener par le courant en se laissant dériver. À l’image de la vie quand on arrive à faire la paix avec ce qu’elle nous offre (un état auquel je suis encore loin d’accéder mais qui m’intéresse de manière personnelle).
Quelles valeurs veux-tu mettre en lumière à travers l’ensemble de tes projets ?
Mes projets parlent souvent de la rencontre avec l’autre, dans ce qu’elle a d’étrange et de beau. Cette membrane que j’imagine autour de nous et qui nous rend perméable aux autres tout en imposant aussi des limites. Ces dernières années j’ai énormément travaillé sur la vulnérabilité parce que j’ai fais tout une immersion sonore avec des interviews sur ce sujet que j’ai aussi mis en musique (https://www.tsugi.fr/linstallation-immersive-dodalie-oeuvre-sonore-et-engagee-a-360/ ) et aujourd’hui la continuité de ma recherche autour de ça se crée autour de l’Amour. L’Amour au sens large, pas seulement l’amour romantique mais toutes les formes d’amour : comment on aime, comment on se dit au revoir, comment on crée ensemble, et comment aimer c’est aussi respecter les limites des autres, comment on fait communauté par l’amour aussi.
Je pense que la tendresse c’est révolutionnaire aujourd’hui, le soin : je trouve que nos sociétés manquent terriblement de soin vers l’autre, de soin dans la façon dont on approche l’autre, de soin à nos individualités. Ce soin, cette tendresse, cette compréhension de nos vulnérabilités c’est un peu mon sujet depuis longtemps et ça continue de l’être.
Des projets pour la suite ?
Beaucoup comme d’habitude ! J’ai une « petite » hyperactivité. Cette année je suis en train de finir un nouvel album en collaboration avec mon violoncelliste Paolo Rezze : on entame la dernière phase des démos actuellement avec l’idée de sortir tout ça l’année prochaine si les conditions sont favorables. On sera donc en studio fin d’année si tout se passe bien.A côté de ça je crée un spectacle pour dôme / planétarium en son 360 degrés avec des visuels immersifs à 360 créés par le vidéaste Anglais Sébastien Veyan. C’est un show dont la première se déroulera au Maintenant Festival à Rennes puis qui tournera sous dôme gonflable ou en planétarium dans plusieurs salles en France ( à Besançon, à Villeurbanne). C’était un gros challenge technique de créer un spectacle pour synthétiseur, violoncelle, son 360 et visuels pour dôme donc j’ai hâte qu’avec mon équipe on finalise cette prouesse.