Technopol Mix 062 | BitterCaress

Embarquez pour un voyage outre-Atlantique avec le dernier podcast de BitterCaress pour Technopol.
Raveuse professionnelle, organisatrice d’événements et boss de son propre label MFC Records dont les bénéfices sont reversés à des associations, BitterCaress fait partie des figures locales de la scène montréalaise. Sa sélection pointue révèle son goût prononcé pour les basses lourdes et les rythmes sans concession. Puisant son inspiration dans une techno old school, elle mêle atmosphères ravy et trancy à des énergies plus brutes et industrielles. Rencontre avec cette activiste qui n’a pas dit son dernier mot.

 

Ton nom d’artiste ?

BitterCaress

 

Le(s) Collectif(s) / Label(s) dont tu fais partie ?

MFC Records, mon propre label

 

La ville d’où tu viens / où tu vis ?

Je suis née et j’ai grandi à Paris, j’habite à Montréal depuis 2014

 

Depuis combien de temps mixes-tu ?

Depuis un peu plus de 5 ans

 

Ton style / tes influences ?

Fast techno & trance

 

Quelle est l’histoire derrière ton nom d’artiste ?

Tout part d’un tatouage et d’une envie de donner une réelle signification à mon nom d’artiste.

Depuis mai 2018, j’ai ce petit citron tatoué au-dessus du coude droit. Sur le flash de ma tatoueuse préférée, Magda, il y avait un script marqué pour accompagner l’agrume : BITTER. Je trouvais l’antithèse créée par l’association du mot « amère » en anglais et du citron amusante, alors je me le suis fait tatouer.

Quelques mois plus tard, quand j’ai voulu enregistrer mon premier set et le poster sur SoundCloud, je souhaitais me trouver un alias car il était hors de question que j’utilise mon propre nom. Mes initiales sont CB, j’avais tout de même envie d’en faire quelque chose pour mon nom d’artiste. Mon « Bitter » sur le bras m’a alors inspiré pour la lettre B et pour décrire le côté un peu plus sombre que j’apprécie dans la techno : les sonorités industrielles, métalliques, les kicks plus lourds et gras. « Caress » s’est alors ajouté ensuite pour venir contrecarrer le « Bitter » et apporter une touche un peu plus délicate et ainsi, représenter les sonorités un peu plus fun et trancy qui se trouvent également dans ma musique.

Malgré le fait que mon son ait évolué et se soit mieux défini au fil du temps, je trouve encore que c’est un très bon choix et que ce nom me correspond tout à fait.

 

Pourrais-tu nous parler un peu du contexte dans lequel tu as créé ce podcast ? Y’avait-il des émotions spécifiques que tu voulais transmettre ?

En ce moment, nous sommes en plein hiver à Montréal, les températures sont glaciales, on parle de -10 degrés voire beaucoup moins à certains moments. J’avais clairement envie de me réchauffer en enregistrant ce set : de la fast techno infusée de trance, du groove, des BPM assez élevés, des vocaux assez funky ici et là ; le genre de morceaux qui ne peuvent que donner envie de danser.

D’un point de vue personnel, je traverse une période assez compliquée en ce moment. Faire de la musique, en écouter, en digger, mixer sont mes béquilles au quotidien. Le podcast tombait à point. J’ai pris beaucoup de plaisir à dénicher des pépites et à rejouer des morceaux qui m’ont suivi toute la fin de l’année dernière !

J’avais envie de contrebalancer les jours un peu plus tristes que je rencontre actuellement avec ce set en vous partageant mes dernières découvertes musicales. Personnellement, ça me donne juste envie de danser. Clairement le genre de set que j’aimerais bien jouer en closing prochainement, si j’en avais l’occasion !

 

Comment sélectionnes-tu tes sons ?

Digger est vraiment l’un de mes passe-temps favoris. Je suis toujours dans le mood pour découvrir de nouveaux sons. J’écoute beaucoup de sets, je vais chercher les tracklists pour découvrir certain.e.s artistes, digger leur discographie, les labels auxquels iels sont associé.e.s, regarder quel.le.s artistes mes DJs préféré.e.s suivent sur Instagram ou SoundCloud… bref de multiples techniques pour trouver les perles rares. Je ne sélectionne pas du tout mes sons en fonction de leur « style », je me cantonne rarement à un seul type de techno, j’aime varier les plaisirs.

Grosse passion Rekordbox dans la vie. Une fois que j’ai acheté ma musique ou que j’ai écouté ce que l’on m’a envoyé, je passe tout ça dans le logiciel. Tout est classé par mois et année. Ensuite, je vais attribuer des signets à chaque track. Mes signets sont classés en plusieurs catégories : genres musicaux et moments dans un set (aka opening, peak time du set etc.), pour les signets principaux. Ensuite, je vais me créer des signets secondaires associés à des collectifs/villes/types de sets joués et les attribuer à mes musiques pour ensuite me créer des playlists intelligentes. Résumé comme ça, on dirait que la tâche est fastidieuse et longue mais je vous assure que c’est un gain de temps phénoménal et ça me permet de vraiment changer mes playlists facilement et régulièrement en fonction des moments et des lieux où je joue.

J’ai toujours beaucoup plus de tracks que nécessaire pour mes sets. Je prépare rarement mes sets de A à Z. Comme mes playlists sont super organisées #controlfreak, ça me permet d’être plus versatile derrière les platines pendant un set. Je vais tout de même toujours faire une présélection un peu plus adaptée à mon DJ slot dans la soirée : opening vs peak time vs closing. Je vais aussi toujours faire l’effort d’écouter les DJs qui sont sur le même lineup que moi, j’aime faire en sorte qu’il n’y ait pas un trop gros clash entre la personne avant et/ou après moi. Et après je « go with the flow » : pour moi le gros du travail se fait dans Rekordbox et en jouant régulièrement à la maison les tracks que je viens d’acheter pour suffisamment les connaître.

 

Si tu devais changer ou améliorer quelque chose sur notre scène, qu’est-ce que ce serait ?

L’éthique. Il y a encore trop de personnes qui font parties de cette scène et qui n’ont ni éthique humaine ou professionnelle. Je sais que le temps fera le ménage, je n’ai pas peur pour cela. Je vois déjà de l’amélioration depuis que j’ai commencé à fréquenter ce milieu.

On n’imagine pas la différence que cela fait pour un.e artiste, tournant solo, d’être accueilli.e de manière professionnelle par un·e promoteur·rice, d’avoir quelqu’un en face de nous qui respecte nos besoins et nos limites. Surtout en tant que minorité.

Je souligne d’ailleurs les actions déjà mises en place des clubs et collectifs qui travaillent pour proposer des programmations toujours plus inclusives. Ou les initiatives de certain·es promoteur·rices pour mettre  en avant les artistes locaux.ales de leur ville qui sont souvent relégué.e.s au second plan. Ce sont des actions comme celles-ci qui améliorent notre scène chaque jour.

 

Outre la musique, as-tu d’autres intérêts et passions ? Comment te trouves-tu et te déconnectes-tu ?

Question difficile dans le sens où finalement la musique a toujours pris de plus en plus de place dans ma vie au fur et à mesure des années. Je travaille à temps plein, 40h par semaine et j’ai mon projet BitterCaress ainsi que mon label, MFC Records, avec lequel j’organise également des événements, il est donc assez difficile de me déconnecter de tout ça.

J’arrive tout de même à complétement décrocher de mes 2 activités et trouver du temps pour moi. Les voyages culturels avec ma famille sont des moments essentiels à mon ressourcement. Ce sont les seuls moments dans l’année où je n’ai ni ordinateur ni téléphone (sauf pour les photos) et que je vis pleinement l’instant présent et que je profite de mes proches et de me nourrir de nouvelles cultures. C’est inspirant, précieux et j’en ai réellement besoin.

Dans la même veine, « my happy place » restera à jamais ma maison familiale en Corse où j’ai passé la plupart de mes vacances d’enfance. Maintenant que j’habite au Canada, il est évidemment plus compliqué pour moi de m’y rendre mais j’essaye d’y aller une fois par an, au moins. C’est une des choses pour lesquelles j’ai hâte de retourner vivre en Europe!

De manière un peu plus fréquente que les voyages de vacances, je vais monter à cheval. Je suis une passionnée de chevaux depuis que je suis gamine. Mon papy était fan de ces animaux et de l’univers équestre, il m’a transmis sa passion. En arrivant à Montréal, il y a 10 ans, j’ai eu beaucoup de mal à trouver une écurie qui me plaisait avec des chevaux dont on prenait réellement soin. J’ai finalement trouvé mon bonheur à 1h30 de Montréal en transports, une écurie où tous les chevaux sont des rescapés de situations difficiles. J’avais fait une pause à cause de mes études et de mon début de carrière professionnelle mais j’ai finalement pu reprendre l’année dernière. Passer du temps avec les animaux, à
la campagne, me fait un bien fou. Mon cerveau est vraiment sur pause, je me déconnecte de mon quotidien.

Honnêtement, je pourrai vous citer et développer bien d’autres passions mais je crois qu’on va s’arrêter ici parce que je pourrai en parler encore pendant des heures haha.

 

Quels sont tes projets à venir ?

Pour l’année 2024 :

  • Organiser ma première soirée all night long avec mon label MFC Records avec l’aide de mon partenaire. Gros défi qu’on s’est fixé avec deux têtes d’affiche : Lolsnake et WTCHCRFT. Ça sera le 24 février, dans quelques jours.
  • Préparer mon 3 ème tour d’Europe pour septembre et octobre. Je commence déjà à travailler dessus. Je viens de confirmer ma première date et j’ai beaucoup de discussions entamées avec plusieurs promoteurs. J’ai bien hâte.
  • Avoir 2/3 tracks terminées d’ici la fin de l’année. Je me suis mise plus sérieusement à la production ces derniers mois. J’ai trouvé la motivation pour travailler plus régulièrement sur Ableton et j’espère avoir quelque chose de plus concret à vous faire écouter dans les prochains mois.

Plus long terme, en espérant d’ici fin 2025 :

  • Sortir un premier EP et des tracks sur plusieurs compilations.
  • Retourner en Europe pour avoir l’opportunité d’être plus proche de ma famille et aussi donner une chance à ma carrière musicale. Il est plus compliqué de tourner en Amérique du Nord sur notre scène et j’aimerais avoir la possibilité de jouer plus dans le futur.
  • Faire partie d’une agence à mon retour en Europe. J’ai énormément travaillé toute seule ces dernières années mais je ressens le besoin de me faire accompagner pour la suite des choses et pouvoir me concentrer sur l’aspect musical de BitterCaress plutôt que logistique avec les tournées à organiser seule, notamment.

De beaux et grands objectifs ! Je me fais confiance avec mes projets et j’ai vraiment hâte de voir ce que l’avenir me réserve.

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